Contributions

Indignez-vous sur la qualité des formations médicales continues

 
Avatar Lord Pédagogie
Indignez-vous sur la qualité des formations médicales continues
par Lord Pédagogie, jeudi 23 avril 2020, 13:18
 

Publié dans Elwatan le 05 - 04 - 2020

La formation médicale continue (FMC) est au centre d’un grand débat dans les milieux de santé, car il est reconnu qu’aucun professionnel de la santé ne peut prétendre exercer son métier avec les seuls acquis de sa formation médicale ou universitaire initiale. Ceci est vrai pour toutes les activités professionnelles et surtout dans le domaine médical. L’exercice professionnel amène tout médecin à constater de possibles besoins d’apprentissage complémentaire en particulier au regard de l’évolution rapide des soins de santé, des savoirs et du développement de nouvelles techniques et compétences médicales.

La FMC est sans aucun doute l’investissement le plus sûr qui permettra d’améliorer la qualité des services de soins offerts à la société, et de rehausser le niveau des pratiques et des compétences dans tous les domaines disciplinaires ou de spécialisations. Pour ce faire, les organisations de formation doivent impérativement prêter une attention particulière aux impacts et retombées positives de la FMC sur les pratiques des professionnels de la santé et sur la qualité des services de soins offerts à la population en particulier et de la société en général.

 

La nécessité de faire des apprentissages complémentaires ne fait que débuter et être présente durant toute la carrière d’un professionnel de la santé, car ce siècle est caractérisé par un renouvellement rapide des connaissances et il est difficile pour un professionnel de la santé de demeurer au fait des dernières données scientifiques disponibles. En d’autres termes, la FMC est le lieu idéal pour la mise à jour des connaissances et des compétences pour favoriser le transfert des apprentissages et finalement de se tenir au fait des pratiques et techniques de soin les plus récentes.

 

En général, la FMC répond principalement à des objectifs de perfectionnement et de développement des compétences et des habiletés professionnelles requises pour assumer une ou plusieurs fonctions de soins. À cet effet et avant que tout médecin s’engage en FCM, il est de son droit élémentaire d’exiger de l’organisation de formation son accréditation par un organisme autonome et compétent pédagogiquement parlant, et non pas sur une simple présentation d’une autorisation administrative d’exercice professionnelle.

 

Il est également du droit élémentaire du médecin de consulter les critères pédagogiques reflétant la qualité des apprentissages, des enseignements, ainsi que les compétences tant pédagogiques que disciplinaires du formateur. Il ne suffit pas au formateur d’être expert dans son domaine médical, mais également d’être doté d’expertise pédagogique pour assurer des apprentissages et des enseignements de qualité selon les normes en vigueur d’autant que les pratiques et les compétences pédagogiques ont un impact sur la pratique medicale et la qualité des soins de santé.

 

Sans prétendre avancer qu’il existe en Algérie une grande culture de formation médicale continue, cette dernière est en plein essor grâce aux multiples offres de formations des différentes organisations de formation notamment privées dans tous les champs disciplinaires en sciences de la santé. La gestion tant académique que pédagogique de cet important bassin de fournisseurs de FMC pose de nombreux problèmes de reconnaissance institutionnelle et surtout la qualité des apprentissages et des enseignements en FMC.

 

En d’autres termes, la profusion des offres FMC donne matière à réflexion quant à la crédibilité de leur finalité pédagogique, médicale et sociale. De plus, il y a également matière à réflexion quant à la qualité de conception de leurs curriculums de formation, de leurs programmes disciplinaires et de la qualité des formations en termes des apprentissages et des enseignements.

 

Il en est de même de l’absence d’évaluation de ces formations par un organisme autonome, compétent et doté d’expertise pédagogique reconnue au niveau local. De plus, il est également important de prendre en considération la qualité des FMC en absence des normes de pratiques pédagogiques en vigueur surtout de pratique d’enseignement. En d’autres termes, il y a un vaste champ de réflexion pour discerner et décortiquer tous ces aspects suscités, et surtout pédagogiques de toutes les offres de FMC en Algérie.

 

Il est d’emblée important de signaler qu’aucun programme en contexte de la formation continue n’est reconnu directement par le ministère de la Santé. Les offres de formation qui prétendent l’être ne le sont que seulement à l’intérieur de leur organisation d’une manière tacite ou implicite en l’absence de toute évaluation de la formation ou par un organisme autonome et compétent dans le domaine de la conception des programmes et des curriculums de formation.

 

Une attestation de FMC est un document délivré par l’organisation de formation reconnaissant au titulaire un niveau de capacité vérifié par un contrôle ou une évaluation des apprentissages. Dans notre contexte professionnel et socioculturel, une attestation de formation atteste le plus souvent de la participation à une action de formation sans évaluation des apprentissages. À cet effet, une attestation de formation ne prouve en rien la qualité et la profondeur des apprentissages. Ces formations sont le plus souvent à titre informationnelles, unidirectionnelles sur le plan des enseignements et l’impact sur le transfert des apprentissages est souvent limité d’autant que les activités d’apprentissages sont souvent absentes. En général, une attestation de formation médicale continue s’étale sur une à deux journées et totalise en moyenne 8 - 16 heures de formation en présentiel.

 

De plus, les attestations de formation font rarement partie d'un programme d'apprentissage qui soit cohérent, c'est-à-dire, qui réponde aux exigences d'une planification méthodique et pédagogique des enseignements, des apprentissages et surtout, qui « contextualise » adéquatement les FMC en tenant compte des particularités de la formation de chaque domaine professionnel des soins de santé. De plus, les connaissances acquises par les professionnels de la santé lors de ces formations courtes se traduisent difficilement sur le terrain par la transformation des attitudes, des habiletés et des pratiques cliniques en milieu de santé.

Un certificat en contexte de la formation continue comptabilise 140 heures d’apprentissages étalés sur une période suffisante pour s’assurer de la qualité et de la profondeur des apprentissages, et du transfert des acquis. De plus, un certificat de formation est parachevé par des évaluations formatives et continues des apprentissages selon les normes docimologiques en vigueur, et suivi de rétroaction formative. En d’autres termes, un certificat de formation certifie que l’apprentissage est de qualité et doté d’un programme selon une approche par compétence, des buts de formation claire, des objectifs d’apprentissage précis, de critères d’évaluation cohérents, d’une note finale ainsi qu’une lettre de suivi des apprentissages pour chaque apprenant. Finalement, un certificat peut faire partie d’un curriculum ou programme de formation à l’exemple des universités de l’Amérique du Nord.

Par ailleurs, l’absence d’un organisme autonome et compétent en évaluation des programmes de FMC en Algérie, les fournisseurs de formations sont confrontés à la reconnaissance académique et pédagogique de leur programme disciplinaire. De plus, il existe un vide juridique pour la reconnaissance de ces formations au ministère de la Santé, et voire l’absence de ressources humaines compétentes pour l’évaluation pédagogique des programmes disciplinaires en contexte de la FMC.  Certains organismes de formation Algériens se sont orientés vers des institutions européennes et canadiennes pour faire reconnaitre et faire valoir leur programme de formation selon les normes pédagogiques en vigueur.

Selon la société de formation et d’éducation continues au Canada, une formation continue est reconnue et validée compte tenu du respect de dix critères de qualité pédagogique et administrative. Il est exigé des organismes fournisseurs de formation continue de respecter les dix normes de qualité afin d’être autorisé à émettre des unités d’éducation continue (UEC). Cet organisme autonome définit l’UEC comme dix heures de participation à une activité structurée de formation, organisée et dirigée par une organisation accréditée, animée par des formateurs compétents et sanctionnés par une évaluation des apprentissages.

Il est important à ce que le ministère de la Santé comble le vide juridique pour reconnaitre et promouvoir un organisme autonome pour la reconnaissance académique et pédagogique des programmes disciplinaires, car promouvoir la culture de la FMC est à la base du développement des compétences dans toutes les activités et domaines scientifiques et professionnels. Il est également important pour le ministère de la Santé d’encourager les organismes privés fournisseurs des services de formation continue de qualité selon les normes pédagogiques en vigueur.  

Finalement, on ne rappellera jamais assez que le bricolage et l’amateurisme dans la gestion pédagogique de FMC doivent cesser pour donner la chance aux ressources humaines compétentes de faire valoir leur savoir-faire et savoir agir dans le domaine de la gestion de formation. La notion de certification qualité ou de l’assurance qualité en contexte de FMC doit être soutenue et promue comme outil de gestion des formations tant sur le plan pédagogique que sur le plan administratif.