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Réflexions sur la réforme des trois épreuves des concours hospitalo-universitaires

Réflexions sur la réforme des trois épreuves des concours hospitalo-universitaires

by Lord Pédagogie -
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Pour bientôt dans la presse DZ

Les concours hospitalo-universitaires (HU) ont pour but l’intégration et la mobilisation des futurs professionnels de la santé pour satisfaire les besoins des facultés de médecine dans les domaines de la pédagogie à des fins d’enseignement, de la recherche médicale à des fins d’encadrement des thèses et finalement dans la gestion de la qualité des soins de santé en milieu hospitalier.  Ces concours sont une étape capitale et souvent considérée comme étant la voie d’accès à la carrière HU pour un médecin spécialiste de santé publique et comme une progression de carrière pour les maitres de conférences B, les maitres de conférences A, le grade de professeur et finalement pour le grade de chefferie de service où une décision fondamentale devrait être prise par les membres du jury pour promouvoir tout un projet de carrière d’un professionnel de la santé.

Par le biais de barèmes de notation des trois épreuves des concours HU, les membres du jury évaluent les compétences et les habiletés professionnelles attendues des candidats à des fins d’une carrière hospitalo-universitaire. Hélas, depuis leur promulgation, ces épreuves et barèmes n’ont pas connu de modifications ni d’améliorations ou des adaptations au regard de l’évolution des pratiques pédagogiques en sciences de la santé. De plus, les normes fondamentales pour promouvoir la qualité des enseignements sont principalement la double expertise pédagogique et disciplinaire ou médicale des HU dont la finalité est la promotion des soins de santé de haut niveau.

Le but de cette contribution est de soutenir cette réforme des épreuves des concours HU pour espérer une mutation en faveur de l’amélioration de la formation médicale et par voie de conséquence l’amélioration de la qualité des soins de santé offerte à la population.  Par ailleurs, l’objectif de cette contribution est de procurer des argumentaires en faveur de la refonte des épreuves des concours HU : Épreuve pédagogique, épreuve d’anglais et finalement l’épreuve pratique. Une réforme profonde, voire même radicale, est la condition sine qua non pour espérer une crédibilité et une fiabilité de ces épreuves des concours HU, et pour ce faire, elle nécessite une volonté politique.

À cet effet, le ministère de l’Enseignement supérieur (MESRS), dans une démarche évaluative et réflexive, a mis en place des commissions de travail, dont celle de la réforme des concours HU en Algérie. Cette démarche est louable afin de mettre sur pied le processus et les normes de cette réforme des trois épreuves. C'est dans ce contexte favorable à la cogitation, cette contribution se propose de suggérer des pistes de réflexion pédagogique en vue de la refonte profonde des épreuves des concours HU tant attendus par la communauté médicale et par la société.

Lors de l’épreuve pédagogique (EP), la plupart des candidats complètent des prestations d’enseignement selon un modèle traditionnel basé sur la transmission quantitative des connaissances. L’acte d’enseigner et le processus pédagogique d’enseignement sont souvent peu planifiés, voire improvisés, et font souvent appel au bon sens et à l’intuition pour enseigner, mais la plupart des candidats sont motivés à se procurer des pratiques pédagogiques de qualité. Hélas, ils ne disposent pas de suffisamment de ressources pédagogiques et ils n’utilisent pas les bonnes méthodes d’enseignement et les bonnes stratégies d’apprentissage pour y parvenir.

Il est d’emblée important de signaler que l’EP ne signifie nullement « l’épreuve disciplinaire ou l’épreuve médicale ou pratique ». De plus, l’EP est la matrice et le fondement des concours HU où le jury évalue chaque candidat sur ses connaissances médicales, ses habiletés de communication orale et écrite ainsi que ses habiletés et processus pédagogiques d’enseignement. Pour ce faire, l’EP nécessite une planification rigoureuse et ne doit pas être un simple exercice de transmission des connaissances par le biais d’un exposé magistral unidirectionnel et à sens unique. Lors des précédents concours HU, le jury est excédé par les prestations des candidats qui se contentent de remémorer un contenu disciplinaire déjà appris par cœur. Étant expert du domaine médical, le jury souhaiterait évaluer le candidat sur ses habiletés pédagogiques pour enseigner et ses habiletés de communications. Donc, c’est au candidat de séduire le jury pédagogiquement parlant, car il est admis que l’EP porte bien son nom pour désigner les pratiques d'enseignement et mérite d’être évaluée par un outil docimologique valide.

Lors de la conception du barème d’évaluation de l’EP, la commission de réforme des concours HU doit focaliser toute son attention sur les processus pédagogiques pour enseigner selon les normes en vigueur.  Pour ce faire, il faut doter les membres du jury d’un barème d’évaluation valide et uniformisé centré plus sur les pratiques pédagogiques d’enseignement et de communication orale et écrite que sur le contenu disciplinaire ou médical. Aussi, il est nécessaire d’outiller les membres du jury de compétences pédagogiques et communicationnelles pour pouvoir guider et mener à terme et dans la bonne direction l’EP avec chaque candidat. 

L’épreuve pratique dite de résolution de problème est une épreuve de raisonnement clinique (RC). Cette dernière est le fondement au cœur de l‘exercice des professionnels de la santé. En effet, il ne suffit pas de résoudre rapidement le cas clinique, mais de démontrer les habiletés de RC pour synthétiser puis d’exploiter les informations obtenues pour prendre des décisions diagnostiques, d’investigation et thérapeutiques. Pour ce faire, le jury évalue le candidat sur cette compétence essentielle et cruciale : le raisonnement clinique.  À cet effet, il faut doter le jury d’un outil d’évaluation simple d’utilisation et centré sur le RC que sur les résultats finaux, et selon des critères docimologiques valide et fiable.  L’épreuve pratique pourrait se dérouler sous forme d’une épreuve écrite d’un cas clinique ou oral de préférence par une simulation malade. Pour ce faire, la rédaction écrite ou la simulation orale du cas clinique doivent respecter les normes du processus de raisonnement clinique, mais également être réalistes et riches en données pour favoriser et inciter le candidat à promouvoir son raisonnement clinique.

L’épreuve d’anglais ne doit plus être une simple traduction intégrale et linguistique d’un article vers le français, mais plus la capacité de lecture critique d’un article (LCA) médicale. Il est nécessaire de valoriser la LCA par une pondération conséquente et de modifier son appellation en « Lecture critique d’Article en Anglais ». De point de vue pratique, il suffit d’attribuer au candidat un article en anglais de sa discipline, mais sans le résumé et sans la conclusion. Le jury doit signifier au candidat qu’en plus de la compréhension scientifique de l’article, c’est la capacité de synthèse et d’analyse du candidat à assimiler et à critiquer les données de l’article et non pas la simple traduction ou la compréhension linguistique de l’anglais.

Évaluer les concours HU est une responsabilité honorable et éminemment morale requérant une probité intellectuelle. Elle n'est pas aussi facile que l'on prétend, car elle exige des compétences pédagogiques spécifiques des sciences de la santé pour élaborer les barèmes d’évaluation de ces trois épreuves pédagogiques. De plus, pour donner plus de sens et de valeur éthique à ces concours HU, l’instauration d’une lettre de motivation ainsi qu’une entrevue avec chaque candidat constitueraient une étape fondamentale pour promouvoir la sélection des candidats potentiels ayant présenté des compétences et des habiletés conformes au statut d’un hospitalo-universitaire. Par ailleurs, l’instauration d’une entrevue permet de donner la parole et la chance à chaque candidat d’exprimer ses intentions, ses engagements et ses motivations à occuper un poste d’enseignant-chercheur hospitalo-universitaire.

Pour le poste de chefferie de service, il est vivement recommandé à chaque professeur candidat de proposer un véritable « projet de service » sous forme de document écrit et exposé oralement devant le jury. Ce projet s’articulera autour de trois composantes : un projet pédagogique pour l’amélioration de la formation médicale, un projet d’actions de recherche scientifique et d’encadrement des thèses et finalement un projet d’amélioration de la qualité des soins de santé, car le dossier administratif est peu fiable et peu discriminant pour évaluer au mieux celui qui pourrait occuper la fonction de chef de service.

La réforme des trois épreuves des concours HU est une résolution hautement salvatrice avec un impact incontestable sur l’amélioration de la pratique de l'acte d'enseigner en contexte des sciences de la santé et sur la qualité des soins de santé. À cet effet, il est important de signaler que « ces épreuves sont les composantes les plus discriminantes de ces concours HU ». Ainsi, cette refonte assurerait la promotion et la sensibilisation des futurs candidats à la dimension pédagogique des trois épreuves des concours HU comme critère d'admission, de nomination et de titularisation.

Finalement, il est nécessaire de revisiter les textes et les arrêtés interministériels régissant les concours de recrutement des enseignants HU afin de les adapter à l'évolution de la réalité professionnelle et pédagogique des sciences de la santé. Par leur impact et effet discriminant, les trois principales épreuves des concours HU et la certification périodique en pédagogie médicale devraient être soutenues et promues comme outil de sensibilisation, de conscientisation, de sélection et de promotion de carrière des professionnels de la santé.


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